La légitimité en jeu de rôle

Au moment ou je commence à écrire ces lignes, il est trois heures du matin, je n’arrive pas à dormir et j’ai jeté de rage mon nanowrimo de cette année en me disant, c’est de la merde ce que j’ai fait. (Vous ne connaissez pas ? Ça se passe là)
Mais comme je ne suis pas à une contradiction près, quand je suis frustré, il faut que j’écrive et ceux même quand la frustration vient de l’écriture.
Aussi, je me suis dit : eh bah dis donc je n’ai pas un blog qui pourrit dans un coin moi ?

Et donc me voici ici avec une envie d’article qui me fait envie depuis quelque temps : parler de la légitimité en JDR.
Vous le sentez le bon article rempli de sel Internet qui est complètement suicidaire d’attaquer sur un coup de tête ? Et pourtant me voici lancé.

Après cette introduction bien trop longue qui grappille bien trop de mots (c’est à cause du nano ça, c’est de la merde jusqu’au bout pour mon être), je me dois de la conclure par les recommandations habituelles : les éléments qui vont suivre après sont purement subjectif et nés de mes réflexions sur le sujet et n’ont donc pas plus de valeurs que celle que vous leur donnerez.

Mais c’est quoi la légitimité ?

Je pense en effet que c’est la première chose à définir avant de parler de légitimité en Jeu De Rôle, c’est de définir ce qu’on entend par légitimité.

Parce qu’on ne va pas se mentir, c’est une notion vraiment fourre tout avec une définition à la noix :
Qualité de ce qui est équitable, fondé en justice : la légitimité d’une revendication.
Qualité d’un pouvoir d’être conforme aux croyances des gouvernés quant à ses origines et à ses formes.

J’ai donc décidé d’orienter ma définition sur le fait d’être légitime et là, je suis tombé sur un super article (disponible ici) et qu’on pourrait résumer en substance par :
La légitimité est une notion subjective reconnaissant à une personne les connaissances, qualités et expériences nécessaire pour traiter d’un sujet.

Sur cette base, nous allons aborder la légitimité en JDR selon trois facettes :
La légitimité à mener une partie de jeu de rôle
La légitimité à jouer un personnage
La légitimité à parler de JDR

La légitimité à mener une partie de jeu de rôle

J’ai décidé de commencer par cette facette, car toute personne qui est passée de l’autre côté du paravent (Oh, merde un gars qui parle d’écran en 2021, quel gros hasbeen, vite brûler ce blog sur la place publique : mais quel connard je fais) a ressentit cette peur d’une façon ou d’une autre :
Est-ce que je peux mener ?
Les gens vont se faire chier ?
Et s’ils cassent mon scénario dès la scène d’intro ?

Cette peur peut être même exacerbée par le fait que vous jouez avec votre table habituelle, avec les vieux briscards qui ont tout vu tout fait, …

Bon, déjà, sachez que oui, vous êtes légitime à monter une table, à l’animer !
Ce n’est pas réservé au MJ qui a 8 ans de partie derrière lui. Au contraire, il/elle sera votre partenaire pour la partie, a été à votre place à un moment ou un autre et vous aidera pour maintenir le scénario sur les rails.
Et si ce n’est pas le cas, c’est que c’est un gros connard fuyez le !

De plus, tout comme jouer avec une joueureuse débutante, c’est cool parce qu’elle n’est pas formatée par les expériences passées et va proposer des choses originales et différentes.
Jouer avec un nouveau MJ, c’est pareil, c’est la promesse d’aborder l’aventure avec un regard neuf, mettre en avant le genre de scène que vous aimez, votre vision du monde et des règles et c’est pour les joueureuses une redécouverte de leurs mondes de jeux préférés.

La légitimité à jouer un personnage

On va commencer pour aborder ce point par une petite anecdote sur le pourquoi de la légitimité à jouer un personnage.
J’étais MJ sur une partie de Delta Green (le grand pulpe rencontre des extra-terrestre et tout le monde se tire la bourre pour être Mulder et Skully) on prépare les perso pour une mini campagne et je me dis génial, un de mes joueurs appelons le C me prépare comme PJ un homme noir père de famille impliqué dans sa communauté en plein Harlem.
On commence la partie et là première scène ou il doit faire parler son personnage, il commence à imiter le gros cliché du capitaine de police noir des années 80 (vous savez le chef dans le flic de Beverly hills) laissant un bon gros malaise sur la table.

Certes, lu comme ça, ça peut faire sourire, on se dit, c’est bon gros bêta légèrement raciste sur les bords, on lui explique que non ce n’est pas parce que tu es d’une couleur de peau différente que tu dois parler différemment.
Mais ça pose une vraie question, suis-je légitime à incarner un personnage dont je ne connais pas les conditions de vie, de réactions et sa façon de penser, ne vais-je pas faire une sale caricature.

Dans mon asso, des gens hésitent à jouer une femme, car ils ne se voient pas légitimes à l’incarner sans partir dans le cliché et jouer une femme juste pour le plaisir de cocher une autre case sur la feuille de perso au niveau du personnager, c’est un peu naze.
De la même façon, comment incarner quand on est le fameux mâle cis-blanc (qui ne peut pas comprendre), un personnage non-binaire, sommes-nous seulement légitime à l’incarner en jeu ?

Et la réponse est oui ! De la même façon que vous faites des recherches pour le bg du personnage, c’est l’occasion d’en apprendre plus sur ce que vous allez incarner, vous devenez légitime, dès lors, que vous décidez de faire cela avec compréhension et bienveillance.
Le jeu de rôle a cette faculté géniale de pouvoir vous intéresser, vous donner l’occasion d’éprouver de l’empathie envers les autres, que ce soit lié à une croyance, une ethnie, une confrontation au racisme, sexisme, …
Mais attention cela ne va jamais de soi et parlez-en au MJ et à la table avant d’aborder et de vouloir faire jouer ce genre de thème.
Je donnerais en exemple les recommandations et les explications délivrées dans “Le jazz du macchabée” scénario de la boite d’initiation de Cthulhu V7.edge pour assimiler et jouer avec (et non du) racisme dans le Harlem des années 20.

La légitimité à parler de JDR

Pour savoir si on est légitime à parler de jeu de rôle, je vous propose un extrait de l’introduction de “Dans La culture cinématographique des Français” de Jean-Michel Guy.

D’une certaine manière, le cinéma a donc tout d’une culture légitime et mérite socialement d’être dit « septième art ». D’un autre côté, les tenants de cette culture cultivée ne semblent pas exercer de « violence symbolique » à l’encontre des moins cultivés. Leur culture est d’autant plus légitime qu’elle est accessible et massivement partagée. En effet, être cultivé, pour la plupart des Français, ce n’est pas nécessairement avoir vu des films « rares » que personne n’a vus, mais avoir vu plus de films « importants » qu’autrui et savoir naviguer aisément dans le magma des références. Répétons-le : il n’y a pas de coupure entre « incultes » et « cinéphiles » mais, au contraire, un bain commun dans lequel quelques-uns nagent plus facilement que d’autres, mais qui n’est interdit à personne.

Je pense que les notions qui y sont évoquées sont très importantes.
Déjà, parce que l’auteur lève d’entrée de jeu un cliché qu’on retrouve aussi bien en cinéma qu’en jeu de rôle, la quantité dépasse la qualité au niveau de la légitimité à parler du sujet.
Deuxième point qu’il soulève, la notion de “bain commun”, car “incultes” et “cinéphiles” parlent en utilisant les mêmes termes, ils sont tout aussi légitime à parler cinéma.

Transposé au jeu de rôle, cela présente bien les deux grands problèmes de la légitimité à parler de jeu de rôle.

La première, c’est qu’on accorde de la légitimité à une personne et à ses propos qu’en fonction de son vécu : depuis combien de temps il joue ? Qu’elle est la taille de sa bibliothèque ? Qu’a t’il écrit ? Quel est son lectorat ?

La deuxième, c’est que la scène “indé” notamment, se spécialise, met en place un vocabulaire complexe soumis à des codes créant des coupures qui a un double effet néfaste.
– D’une, c’est qu’une personne ne maîtrisant pas ces clés ne serait pas légitime pour parler du jeu de rôle.
– De deux, c’est que cela crée un élitisme, qu’on pourrait rapprocher de celles de la peinture, vous vous sentez légitime vous pour parler d’une œuvre d’art et de ses qualités artistiques autrement que pour dire : “c’est joli, ça m’évoque…”.

Pour autant, la légitimité à parler du jeu de rôle bénéficie du même avantage que celle du cinéma.
Vous n’êtes pas obligé de connaître les techniques permettant de filmer, l’historique d’un réalisateur, les prestations d’un acteur pour parler d’un film. Car vous êtes légitime de votre vécu !

En jeu de rôle, c’est pareil, vous pouvez n’avoir fait qu’une partie voir aucune pour parler de jeu de rôle, car vous serez toujours légitime de votre ressenti quant à l’expérience vécue que ce soit en lisant un scénario, en le vivant en tant que joueureuse, en l’incarnant en tant que MJ ou en l’écrivant en tant qu’auteur.

Et vous, êtes-vous légitime ?

Pour aller plus loin

Cette article n’est pas sortie du chapeau, pour aller plus loin vous pouvez aller écouter ou regarder :
Radio Rôliste #112 : Légitimité et bibpic

LA GRANDE AVENTURE – Parlons de légitimité


PODCAST SOUVERAIN 02. Se sentir légitime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s